Islande

Récit de voyage

Après une préparation minutieuse bien q’un peu (beaucoup) chaotique, me voilà parti seul pour un voyage photo de six semaines. Deux jours de route et trois jours de bateau seront nécessaires pour rejoindre l’Est de l’Islande.


Malgré les difficultés liées à la météo, le printemps en Islande est une saison que j’affectionne particulièrement. Au mois de mars, la faune se fait encore discrète. Les lagopèdes alpins sont retranchés dans les montages et les premiers oiseaux migrateurs commencent à arriver. La nuit, quelques cris de renard polaire se font entendre sous les aurores boréales. Les tempêtes hivernales sont encore fréquentes. Les accalmies révèlent un paysage finement saupoudré de neige dans une ambiance féérique qui fait rapidement oublier les difficultés endurées.

Le Glacier de Kvíarjökull après une tempête de neige.

Durant les premiers jours, certains lacs glaciaires étaient encore gelés. La glace était juste assez épaisse pour s’aventurer dessus. C’était l’occasion pour moi d’approcher les majestueux glaciers du Vatnajökull.

À la fin du mois de mars, les grives mauvis sont de retour après une longue migration. Ces oiseaux de quelques dizaines de grammes endurent encore les dernières tempêtes hivernales à leur arrivée. Quelques buissons et anfractuosités volcaniques sont leur seul abri face aux éléments. Depuis le confort de ma voiture chauffée, je ne peux qu’admirer la résilience de ces petits oiseaux.



Après avoir passé l’hiver en mer, les oiseaux marins retrouvent les falaises sur lesquelles ils vont élever leurs petits durant la belle saison.

Au début du mois d’avril, les lagopèdes profitent d’une rare journée sans vent pour picorer les premiers bourgeons d’un saule. C’est très inhabituel de voir ces oiseaux perchés sur des branches. L’air résonne des premiers cris rauques des mâles en parade.


J’en suis à la moitié du voyage et j’ai parcouru les trois quarts du tour de l’île. Après plusieurs jours de fermeture due à la neige, la route entre le nord et l’est est de nouveau praticable. Je repars en direction des glaciers pour assister au départ des oies qui s’envoleront vers le Groenland après une escale en Islande.

C’était un vrai bonheur de longer les Hautes-Terres au coucher du soleil… jusqu’à ce que le voyant de pression des pneus s’allume sur le tableau de bord de ma voiture. Je m’arrête et constate qu’un pneu est effectivement crevé.

Quelques instants plus tôt, je me disais que cet endroit était beau mais pas le plus adéquat pour avoir un souci mécanique. De plus, c’était la première fois que je partais sans roue de secours. J’avais dû l’enlever pour faire de la place à mon système de chauffage. Cette crevaison était déjà la deuxième du voyage. La première ayant eu lieu au Danemark, juste avant d’embarquer dans le ferry.

Ce n’était pas la première galère de ce voyage. A mon arrivée en Islande, une rafale de vent a arraché les essuie-glace et abîmé le mécanisme qui les actionne (sympa l’accueil)! Je n’étais plus à un problème près. J’étais simplement content d’avoir avec moi cette trousse à outils que je n’espérais pas utiliser autant et qui m’a permis de tout réparer moi-même.

La rudesse du climat islandais poussé cette voiture dans ses limites. Bien souvent, le vent m’a contraint à démonter les roues de mon vélo pour le ranger dans le coffre. Je perdais alors la possibilité de m’y reposer et tout devenait plus compliqué.


Le lendemain j’étais de retour devant les glaciers, juste à temps pour assister la migration des oies.

Leur vol en formation au dessus des glaciers est un spectacle magique.


Un soir, j’aperçois au loin un renard polaire à l’endroit exact où je l’avais entendu aboyer en début de voyage. Je m’accroupis et suis surpris de le voir passer à côté de moi sans se soucier de ma présence. Je le retrouve le lendemain et consacre les prochains jours à l’observer à distance.

Ce mâle encore partiellement vêtu de son épaisse fourrure hivernale semble finalement m’accepter à ses côtés. Un matin, je m’approche doucement et passe une heure à l’admirer faire la sieste au soleil. Un moment hors du temps.

Il a étire ses pattes avant de se rendormir.

Un autre soir, après l’avoir vu s’éloigner, je suis surpris de le retrouver plus tard à côté de mon vélo. Il faisait presque nuit et j’avais encore du chemin pour rentrer à la voiture. Après un moment d’hésitation, je m’approche doucement, prends le vélo et repars sur la pointe des pieds. Il lève à peine la tête. Je suis ému par sa confiance. Les renards polaires islandais ont plutôt tendance à éviter les humains.


Sous ces latitudes, les jours se rallongent vite et la fatigue commence à s’accumuler. Les nuits sans aurores boréales me laissent au mieux trois heures de sommeil. La fin approche et j’utilise toutes les ressources qu’il me reste pour être sur le terrain autant que possible. Les matinées et les soirées sont consacrées à la recherche du renard ; les journées à la photographie de glaciers et à la sauvegarde des images. La nuit, ce sont les aurores boréales qui me maintiennent éveillé. C’est la dernière ligne droite, il faut encore tenir. Cela en vaut tellement la peine.

Le 23 avril marque le jour du départ, je me lève avec le soleil et pars à la recherche du renard pour une dernière fois. Les yeux dans les jumelles, je le trouve au même endroit que d’habitude. Ce matin là, l’appareil photo est resté dans le sac. Je me contente de l’observer de loin. À ce moment là, les émotion se mélangent à la fatigue. La gratitude de toutes ces rencontres incroyables se mêle à la tristesse de quitter cette île. Les yeux dans les jumelles, je vois le renard disparaître derrière une crête, je reste encore quelques instants à contempler le paysage avant d’entamer la longue route du retour.


Les images réalisées durant ce voyage sont à découvrir ici

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